Écrire sa biographie : la méthode simple, pas à pas

Je voudrais raconter ma vie, ou aider mon père ou ma mère à raconter la sienne : par où commencer ?

Le plus difficile, quand on veut écrire sa biographie, ce n’est pas d’écrire. C’est la page qui s’appelle « Chapitre 1 », avec une vie entière derrière elle. Par où commencer ? Par la naissance ? Par les parents ? Par ce qui compte vraiment ? On réfléchit, on ne tranche pas, et le cahier reste dans le tiroir.

La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas besoin de savoir écrire comme un écrivain, ni de tout raconter, ni de commencer par le début. Raconter sa vie dans un livre, pour ses enfants et petits-enfants, demande surtout une méthode : découper, poser des questions, écrire petit, et accepter que ce soit imparfait.

Ce guide vaut pour deux situations. Soit vous écrivez votre propre histoire. Soit vous aidez un parent à écrire la sienne, ce qui est souvent plus facile qu’il n’y paraît. Les étapes sont les mêmes.

Écrire sa biographie : décider pour qui, et quelle longueur

Avant le plan, une question : pour qui écrivez-vous ? Presque toujours, la réponse est « pour la famille ». Ça change tout. Vous n’écrivez pas pour un éditeur, ni pour des inconnus. Vos lecteurs connaissent déjà la fin. Ce qu’ils ne connaissent pas, c’est le début et le milieu : la maison d’enfance, la façon dont vous avez rencontré quelqu’un, ce que coûtait un loyer, le métier tel qu’il se faisait.

Visez court. Une biographie familiale de quarante pages manuscrites que la famille lit vraiment vaut mieux qu’un projet de trois cents pages jamais terminé. Vous pourrez toujours ajouter.

Acceptez les trous. Vous ne vous souviendrez pas de tout, et ce n’est pas un problème. Une vie racontée n’est pas un dossier administratif. Ce qui compte, ce sont les scènes que vous, vous avez gardées.

Faire un plan sans y passer des semaines

Trois plans fonctionnent. Choisissez-en un en dix minutes, pas en dix jours.

Le plan chronologique. Enfance, jeunesse, travail, couple, enfants, années récentes. C’est le plus naturel et le plus facile à suivre pour le lecteur. Son défaut : on bloque souvent sur le premier chapitre.

Le plan par lieux. Chaque chapitre est une maison, une ville, un pays. « La ferme de mes grands-parents », « L’appartement de la rue Pasteur », « Lyon, les années d’usine ». C’est un excellent plan pour les vies qui ont beaucoup bougé, et les lieux réveillent la mémoire mieux que les dates.

Le plan par thèmes. Le travail, l’amour, l’argent, les fêtes, les amis, la foi, les épreuves. Chaque chapitre traverse toute la vie sous un seul angle. Utile si la chronologie vous ennuie.

Quel que soit le plan, écrivez les titres de chapitres sur une seule feuille, et sous chaque titre, cinq ou six souvenirs en quelques mots. « Le vélo volé. » « Le bal de 1968. » « La lettre de l’armée. » Cette feuille est votre feuille de route. Vous n’avez plus à vous demander quoi écrire : vous choisissez un souvenir sur la liste.

Les questions qui font venir les souvenirs

On ne se souvient pas sur commande. On se souvient quand une question précise touche le bon endroit. Écrire « Mon enfance » en haut d’une page ne donne rien. Écrire « Décris la cuisine de la maison où tu as grandi » donne une page.

Quelques questions pour démarrer chaque grande partie :

  • Enfance : Quel est ton premier souvenir ? Qui faisait la cuisine ? À quoi jouais-tu, et jusqu’où avais-tu le droit d’aller ?
  • Jeunesse : Que faisais-tu le samedi soir à dix-huit ans ? Quelle musique écoutais-tu ? Quand t’es-tu senti adulte pour la première fois ?
  • Travail : Quel a été ton premier emploi, et qu’as-tu fait de ta première paie ? Raconte une journée ordinaire.
  • Couple et famille : Où avez-vous habité au début ? Comment as-tu appris que tu allais être parent ?
  • Ce qu’on a compris : Quelle décision a changé le cours de ta vie ? Quel conseil as-tu mis longtemps à comprendre ?

Si vous aidez un parent, nos listes de questions à poser à sa mère et de questions à poser à son père vont plus loin, avec des relances pour les réponses trop courtes.

Un exemple : d’une phrase plate à une scène

Beaucoup de personnes qui cherchent « écrire sa biographie exemple » veulent surtout savoir à quoi ressemble une bonne page. Voici le principe, avec un exemple inventé pour l’occasion.

La version plate :

J’ai grandi dans une famille modeste. Mon père travaillait beaucoup et nous ne partions pas en vacances.

C’est vrai, mais c’est un résumé. Rien ne reste. La version scène :

Le dimanche, mon père dormait jusqu’à dix heures, la seule matinée de la semaine où on n’entendait pas la porte claquer à cinq heures et demie. Nous n’avions pas le droit de faire de bruit. Ma mère nous envoyait jouer dans la cour avec une tartine, et l’été, la cour, c’étaient nos vacances.

Même information, mais avec un jour, une heure, un bruit, une tartine. Le secret tient en une règle : racontez un moment, pas une période. Quand vous écrivez « souvent », « toujours » ou « à l’époque », demandez-vous : une fois précise, c’était quand ? Et racontez celle-là.

Deux autres règles simples. Écrivez comme vous parlez : si vous dites « on tirait le diable par la queue », écrivez-le. Et gardez les noms propres : le prénom de l’institutrice, le nom de la rue, la marque de la voiture. Ce sont eux qui rendent le texte vivant pour vos petits-enfants.

Enregistrer d’abord, écrire ensuite

Beaucoup de gens racontent mieux qu’ils n’écrivent. Si c’est votre cas, ou celui de votre parent, inversez l’ordre : parlez d’abord, écrivez ensuite.

Pour vous-même : prenez le dictaphone de votre téléphone, choisissez un souvenir sur votre feuille de route, et racontez-le comme à un ami, cinq minutes. Puis réécoutez et écrivez-le. Vous serez surpris de voir à quel point le texte vient plus vite.

Pour un parent : asseyez-vous à côté de lui, posez une question, enregistrez avec son accord. Le soir, retranscrivez les meilleurs passages en gardant ses mots. Ne corrigez pas son français, ne reformulez pas ses expressions. Votre rôle n’est pas de réécrire sa vie, c’est de la mettre sur papier.

Une séance par semaine, une heure au plus. Au bout de quelques mois, vous aurez une matière considérable.

Écrire à la main ou à l’ordinateur

Les deux se défendent.

L’ordinateur permet de corriger, de déplacer des passages, d’imprimer plusieurs exemplaires. C’est le bon choix pour un texte long ou pour quelqu’un qui tape vite.

La main a un avantage que l’ordinateur n’a pas : l’écriture elle-même. Pour vos enfants et petits-enfants, une page écrite de votre main se lit autrement qu’un texte imprimé. On reconnaît les boucles, les ratures, la façon de faire les majuscules. Et pour beaucoup de personnes âgées, le stylo est plus naturel que le clavier.

Si la main fatigue, ou si la vue baisse, choisissez un support avec des lignes larges et des caractères lisibles, écrivez par petites séances, et n’hésitez pas à alterner : votre parent raconte, quelqu’un d’autre écrit sous sa dictée.

Cahier, livre à remplir, biographe : les options

Un simple cahier. C’est la solution la plus libre et la moins chère. Recopiez une question en haut de chaque page, ou suivez votre feuille de route. Son seul défaut : la page blanche peut intimider, et sans structure, beaucoup de cahiers s’arrêtent au troisième chapitre.

Un livre à remplir. Le livre pose les questions, page par page, et laisse la place pour répondre. On ne se demande plus quoi écrire. Il en existe plusieurs en français, dont la série d’Elma van Vliet (« Mamie, raconte-moi ton histoire », « Papa, raconte-moi ton histoire »). Nous en avons fait un aussi, notre livre L’histoire de ta vie : 58 questions en 8 chapitres, 178 pages au format 21 x 28 cm, en gros caractères, en relié (22,99 €) ou en broché (16,99 €) sur Amazon.fr. Le choix dépend surtout de la place laissée pour écrire et de la taille des caractères.

Un livre mis en page et imprimé. Si vous avez tapé votre texte, plusieurs services d’impression à la demande permettent d’en faire un vrai livre broché, en quelques exemplaires pour la famille. Ajoutez quelques photos légendées, et vous avez un objet que chacun peut garder.

Un biographe professionnel. Des biographes familiaux recueillent votre récit au cours d’entretiens, l’écrivent et le mettent en forme. C’est la solution la plus confortable si écrire vous pèse vraiment, et la plus coûteuse. Les tarifs et les méthodes varient beaucoup d’un biographe à l’autre : demandez plusieurs devis, et demandez à lire un extrait de texte déjà réalisé, avec l’accord de la personne concernée.

Aucune de ces options n’est meilleure que les autres dans l’absolu. Un cahier rempli à moitié a plus de valeur qu’un projet parfait qui n’a jamais commencé. Et si vous écrivez pour des petits-enfants, piochez aussi dans nos questions à poser à ses grands-parents : ce sont souvent celles qu’ils vous auraient posées.

Prenez une feuille ce soir. Écrivez les titres de quatre ou cinq chapitres, et sous le premier, trois souvenirs en trois mots chacun. Demain, racontez le plus court des trois.