Questions à poser à sa mère : 60 pour connaître sa vie

Qu'est-ce que je peux demander à ma mère sur sa vie, au-delà de ce que je sais déjà ?

Vous connaissez votre mère depuis toujours, et pourtant vous connaissez surtout la mère. La femme qu’elle était à dix-sept ans, celle qui a quitté sa ville ou qui y est restée, celle qui a choisi un métier ou qui n’a pas eu le choix, celle-là, vous la connaissez par morceaux. Quelques anecdotes racontées à table, toujours les mêmes.

Ce n’est pas qu’elle cache quoi que ce soit. C’est que personne ne lui a demandé. Les bonnes questions à poser à sa mère ne sont pas des questions profondes. Ce sont des questions précises, qui la font revenir à un endroit, un jour, une personne. La profondeur vient après, toute seule.

Vous trouverez en ligne des listes de 100 questions à poser à sa maman. Celle-ci en compte soixante, rangées par thème, avec pour chaque thème une ou deux relances. Ce sont les relances qui font la différence : la première réponse est presque toujours courte, c’est la deuxième qui raconte quelque chose.

Les questions sont écrites au tutoiement. Prenez-les dans le désordre, gardez celles qui vous donnent envie d’entendre la réponse, et laissez les autres.

Avant de commencer : trois habitudes qui aident

Une question par visite suffit. Vous n’interviewez pas votre mère, vous discutez avec elle. Une question posée en épluchant les légumes ou en voiture donne souvent plus qu’une séance de deux heures assise face à un téléphone qui enregistre.

Demandez un moment, pas une période. « C’était comment, ton adolescence ? » appelle un résumé. « Qu’est-ce que tu faisais le samedi après-midi, à quinze ans ? » appelle un souvenir.

Ne réagissez pas comme son enfant. Certaines réponses vous concernent, ou concernent votre père, et vous aurez envie de commenter. Retenez-vous. Si elle sent que chaque phrase sera jugée, elle choisira ses phrases. Notez, posez la question suivante, et réfléchissez plus tard.

Questions à poser à sa mère sur son enfance

  1. Quel est ton tout premier souvenir ?
  2. Décris-moi la maison ou l’appartement où tu as grandi, pièce par pièce.
  3. Qui s’occupait de toi quand tes parents travaillaient ?
  4. À quoi jouais-tu, et avec qui ?
  5. Quel était ton plat préféré, et qui le préparait ?
  6. Avais-tu une meilleure amie ? Que faisiez-vous ensemble ?
  7. De quoi avais-tu peur, petite ?
  8. Pour quelle bêtise t’es-tu fait gronder, et par qui ?
  9. Qu’est-ce que tu voulais faire quand tu serais grande ?

Relance : demandez un objet. « Tu avais une poupée, un livre, un vélo auquel tu tenais ? Il est devenu quoi ? » Un objet perdu ramène souvent toute une époque.

Relance : demandez les mains. « Qu’est-ce que ta mère t’a appris à faire ? » Coudre, tricoter, faire une pâte, repasser une chemise. Votre mère a eu une mère, et c’est souvent par cette question que votre grand-mère réapparaît dans la conversation.

L’adolescence et les premières libertés

  1. Comment étais-tu au collège ou au lycée : sage, discrète, rebelle ?
  2. Quelle musique écoutais-tu, et sur quoi ?
  3. Quels vêtements voulais-tu porter, et lesquels t’étaient interdits ?
  4. Quelle a été ta première sortie sans tes parents ?
  5. Qui était ton premier amour ? Comment ça s’est terminé ?
  6. Qu’est-ce que tes parents attendaient de toi, et est-ce que tu étais d’accord ?
  7. Avais-tu un endroit à toi, où tu allais pour être tranquille ?
  8. À quel moment t’es-tu sentie adulte pour la première fois ?

Relance : demandez ce que sa mère en pensait. « Et ta mère, elle disait quoi de ça ? » Beaucoup de femmes de cette génération ont grandi avec des règles très différentes de celles de leurs frères. La comparaison est souvent éclairante, et parfois drôle.

Les études, le travail, l’argent

  1. Jusqu’où es-tu allée dans tes études, et qui a décidé ?
  2. Quel a été ton tout premier emploi ?
  3. Qu’as-tu fait de ta première paie ?
  4. Y a-t-il un métier que tu aurais aimé faire et que tu n’as pas fait ?
  5. Qui t’a aidée, ou freinée, dans ta vie professionnelle ?
  6. De quel travail es-tu la plus fière ?
  7. Comment faisais-tu pour tout mener de front, le travail et la maison ?
  8. Y a-t-il eu une période où l’argent manquait ? Comment vous en êtes-vous sortis ?

Relance : demandez une journée. « Raconte-moi une journée type, à l’époque où on était petits. Tu te levais à quelle heure ? » Beaucoup d’enfants découvrent en posant cette question tout ce qui se passait avant qu’ils ne se réveillent.

Relance : demandez ce qu’elle referait. « Si tu avais vingt ans aujourd’hui, tu choisirais quoi ? » La réponse dit souvent ce qu’elle n’a pas pu choisir à l’époque.

L’amour, le couple, la maternité

  1. Comment as-tu rencontré mon père ? Qui a fait le premier pas ?
  2. Qu’est-ce qui t’a plu chez lui au début ?
  3. Comment s’est passé votre premier rendez-vous ?
  4. Comment était ton mariage, ou le jour où vous vous êtes installés ensemble ?
  5. Comment as-tu su que tu étais enceinte de moi, et qu’as-tu ressenti ?
  6. Comment s’est passée ma naissance ?
  7. Comment as-tu choisi mon prénom ? Y en avait-il un autre en concurrence ?
  8. Qu’est-ce qui t’a le plus surprise quand tu es devenue mère ?
  9. Qui t’a aidée, les premiers mois ?
  10. Qu’est-ce que tu as voulu faire autrement que ta propre mère ?

Relance : restez dans le concret. Plutôt que « Tu étais heureuse ? », demandez « Où vous habitiez ? », « Il faisait quel temps ? », « Qui était là ? ». Le décor vient facilement, et les sentiments suivent souvent sans qu’on les demande.

Si votre mère a élevé ses enfants seule, si elle s’est séparée, ou si votre histoire familiale est compliquée, adaptez sans forcer. La question 34, « Qui t’a aidée ? », reste bonne dans presque toutes les situations, et elle met en lumière des gens qu’on oublie souvent de remercier.

La famille et les racines

  1. Que sais-tu de tes grands-parents ? Les as-tu connus ?
  2. D’où vient la famille, et qui a bougé, quand, pourquoi ?
  3. Y a-t-il une histoire de famille qu’on se raconte depuis toujours ?
  4. Quelle personne de la famille t’a le plus marquée ?
  5. Y a-t-il une recette qui vient de ta mère ou de ta grand-mère ?
  6. Comment se passaient les fêtes, chez tes parents ?
  7. Quelle tradition aimerais-tu qu’on garde ?

Relance : sortez les photos. Une boîte de photos fait plus que toutes les questions. Posez-en une sur la table et demandez « Qui a pris celle-ci ? » ou « Pourquoi vous étiez habillés comme ça ? ». Profitez-en pour écrire les noms au dos, au crayon, pendant qu’elle les dit.

Relance : dictez la recette. Pour la question 40, demandez-lui de vous la dicter maintenant, avec ses mesures à elle : « un verre », « une poignée », « jusqu’à ce que ça nappe ». Ce sont ces mots-là qui comptent.

Elle, aujourd’hui

  1. Qu’est-ce qui te rend heureuse en ce moment ?
  2. Qu’est-ce que tu as appris à faire tard, et que tu aurais aimé apprendre plus tôt ?
  3. Quel livre, quel film ou quelle chanson t’a accompagnée toute ta vie ?
  4. Quel voyage t’a le plus marquée ?
  5. Quel endroit aimerais-tu revoir ?
  6. Qu’est-ce que tu aimes faire quand personne n’a besoin de toi ?
  7. De quoi es-tu fière, en dehors de tes enfants ?
  8. Qu’est-ce que tu aimerais encore faire ?

La question 49 est importante. Beaucoup de mères répondent spontanément par leurs enfants. La consigne « en dehors de tes enfants » laisse de la place à autre chose : un diplôme passé tard, une maison retapée, une amitié tenue cinquante ans, un concours de belote.

Ce qu’elle a compris en chemin

  1. Quel conseil t’a-t-on donné que tu as mis du temps à comprendre ?
  2. Qu’est-ce qui s’est révélé moins important que tu ne le pensais ?
  3. Quelle décision a changé le cours de ta vie ?
  4. Qu’aurais-tu aimé savoir à mon âge ?
  5. Qu’est-ce qui t’a aidée dans les moments difficiles ?
  6. Qu’est-ce que tu penses avoir transmis sans le vouloir ?
  7. Y a-t-il quelque chose que tu aimerais me dire, et que tu n’as jamais trouvé le moment de dire ?
  8. Quelle question aurais-tu aimé poser à ta propre mère ?
  9. Qu’est-ce que tu voudrais que tes petits-enfants sachent de toi ?
  10. Qu’est-ce que je ne t’ai jamais demandé, et que tu aimerais me raconter ?

Relance : demandez un exemple. Un conseil de vie dit en une phrase ressemble à un proverbe. « Tu te souviens d’une fois où c’est arrivé ? » le transforme en histoire.

La question 58 marche souvent mieux que toutes les autres réunies. Elle permet à votre mère de parler de sa propre mère, et de ce qui est resté en suspens entre elles, sans que la conversation porte sur vous deux.

Comment garder ses réponses

Enregistrez, avec son accord. Le dictaphone du téléphone suffit. Dites au début la date et le lieu. Posez le téléphone à l’écart et n’y touchez plus.

Notez le soir même. Trois histoires, avec ses mots à elle. Les expressions, les tournures, les noms propres. Un enregistrement se réécoute rarement en entier, une page manuscrite se relit.

Ou laissez-la écrire. Certaines mères préfèrent écrire seules, à leur rythme, plutôt que de répondre à voix haute. Un beau cahier avec une question recopiée en haut de chaque page fonctionne très bien. Il existe aussi des livres à remplir, comme la série d’Elma van Vliet (« Mamie, raconte-moi ton histoire », « Papa, raconte-moi ton histoire ») ou notre livre L’histoire de ta vie, qui pose 58 questions en 8 chapitres sur 178 pages en gros caractères (en relié à 22,99 € ou en broché à 16,99 € sur Amazon.fr). Ce qui compte, c’est la question posée, pas le support. Si l’idée d’écrire toute une vie vous intéresse, pour elle ou pour vous, notre guide pour écrire sa biographie détaille la méthode, du plan au carnet.

Et si votre père est encore là, ou vos grands-parents, la même démarche marche avec eux : voici des questions à poser à son père et des questions à poser à ses grands-parents.

Choisissez une seule question pour cette semaine. Pas la plus importante, celle dont vous avez le plus envie d’entendre la réponse. Posez-la au téléphone ou au prochain repas, puis taisez-vous et écoutez jusqu’au bout.